Plongée au cœur
de Stocamine

Les quelque 42000 tonnes de déchets enfouis à Wittelsheim font beaucoup causer. Quelle est réellement la situation à 535 mètres sous terre ? Dix-huit mois après sa dernière descente à Stocamine, «L’Alsace» a pu constater, de visu, combien la mine travaille. Alors que le ministre de la Transition écologique a commandé un rapport de faisabilité du déstockage, les travaux de confinement ont débuté.

Stocamine devait ouvrir un deuxième chapitre de l’histoire centenaire des Mines de potasse d’Alsace (MDPA). Ce centre de stockage souterrain en fond de mine à Wittelsheim est finalement devenu une bombe à retardement politique et, pour certains, environnementale.  Que faire des 41700 tonnes de déchets qui restent après le déstockage de 2300 tonnes de produits mercuriels entre 2014 et 2017? Après avoir décidé de tout enfouir, le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, a commandé une nouvelle étude en février.

C'est l'Etat actionnaire qui décidera s'il faut enfouir ou déstocker. Nous ne sommes pas des experts mais l'exploitant minier.
Céline Schumpp, liquidatrice et secrétaire générale des MDPA

Près de 17 ans après qu’un incendie de produits phytosanitaires dans le bloc 15 a interrompu définitivement les opérations de stockage à Wittelsheim, le sort de la filiale des MDPA, dont l’Etat est l’actionnaire unique, est toujours incertain. Ce qui ne signifie pas qu’il ne se passe rien. Sur le carreau minier Joseph-Else et au fond de la mine, les travaux sont même nombreux.

En attendant de connaître la décision gouvernementale sur un éventuel déstockage, les MDPA mènent des travaux préparatoires au confinement. Une voie exutoire du circuit hydraulique, consistant à percer la couche de schiste sur 180 mètres pour évacuer de potentielles eaux de ruissellement loin du lieu de stockage, est en cours de réalisation.

Un double barrage en béton a également été construit à titre expérimental afin de tester les capacités de résistance et de perméabilité en cas d’ennoyage de la mine dans plusieurs siècles. Ce sujet fait débat, l’ennoyage n’étant pas certain si la mine se referme. Surtout, aucune montée d’eau n’a été constatée dans les puits du Bassin potassique déjà fermée.

Outre le coût, un déstockage complémentaire est particulièrement compliqué au regard de l’état de la mine, fortement dégradé. Faut-il prendre des risques pour un bénéfice environnemental contesté par certains? Alors que les parois se resserrent à raison de 8 cm par an, les galeries sont fissurées en deux nombreux endroits et les bigbags et fûts contenant les déchets stockés sont souvent écrasés par la mine. Vouloir les déstocker pose clairement la question de la sécurité des personnels. Sept anciens mineurs ont récemment visité les lieux et affirment qu’en aucun cas, ils n’iraient déstocker : ni eux, ni leurs fils, leur neveu… Francis Hamerla, délégué mineur, est du même avis.

Si de nombreuses expertises ont, depuis dix ans, souligné la difficulté d’un déstockage total en raison de la dégradation de la mine, les membres du collectif Destocamine mais aussi les élus demandent à l’Etat d’appliquer le principe de réversibilité qui était prévue dans l’arrêté préfectoral autorisant le stockage en 1997. Ils ne sont pas plus convaincus de l’utilité de mener une nouvelle étude technique de faisabilité.

Cette étude financière et technique, commandée par le ministre, retarde encore d’un an le règlement du dossier Stocamine. Il y a pourtant urgence à décider alors que les conditions minières se dégradent. L’exploitant comme les écologistes sont conscients que le temps presse. L’Etat, lui, ne semble pas pressé tant il est embarrassé par ce dossier. A l’exception du déstockage des produits mercuriels, considérés comme les plus dangereux, décidé au début du quinquennat de François Hollande, tous les gouvernements ont préféré enterré l’affaire. Comme si Stocamine n’intéressait personne…